Dancing with the devil

Enfin arrivés dans cet endroit paradisiaque qu’est la Maison de Poussière et de Cendres, nous sommes accueillis par un larbin local qui a tôt fait de nous conduire dans des appartements lugubres à force d’être déserts. Pour toute population, quelques passants ayant davantage l’air de fantômes que d’êtres vivants déambulent dans l’inextricable dédale de la cité mortifère. Contact pris avec le locutor Mayweather, sbire lointain du Révéré Inquisiteur Silas Marr, il s’avère que d’étranges évènements ont semé le trouble dans la ville ces derniers temps. Les navires des autres invités ont aussi été attaqués et seul un autre d’entre eux est arrivé à bon port. Des corps vidés de leurs cerveaux auraient été retrouvé alors que les lots d’objets appartenant à la succession Haarlock rejoignaient eux aussi le volcan.

La faune locale, Premier Pleureur en tête n’a guère l’air rieuse, et je gage que loin de la lumière de notre Vénéré Empereur, leur vie doit glisser peu à peu jusqu’à frôler l’hérésie. Ca ne donne pas envie de s’approcher. A peine tente-t-on un peu de tourisme avec Gaspard que notre ardeur est douchée par la froideur de l’imposant mausolée dédié à Solomon Haarlock à ses bas-reliefs étranges et à ses singulières inscriptions (Mortem ostium ou Hic filii regnum). Qu’importe, l’heure de la vente approchant, une visite à la collection mise au enchères s’impose. Là, la stupéfaction gagne vite notre petit groupe : s’y trouvent toute une série d’objets aussi rares qu’étonnants et certains dont la simple possession vaudrait le bûcher à tout autre citoyen impérial. J’en consigne la nature dans ce journal pour en rapporter fidèlement l’existence à mes confrères de la Révérée Inquisition, si nous ne remportons pas les objets les plus douteux, il conviendra au moins de s’enquérir de leurs propriétaires…

  • Un exemplaire du Codex Astartes du chapitre des Ultramarines
  • Une épaulière appartenant aux Astartes
  • Une arme de facture xenos, probablement d’origine eldar, sans doute ce que mes confrères de l’Ordo Xenos ont nommé le baiser d’Harlequin
  • Un Almanach Astrae Divinatus ornementé
  • Un élucidateur ornementé de facture antique
  • Une armure xéno semblable à celle d’un scarabée et d’oublée d’une cape apparentée à de la soie légère
  • Trois épaisses chevalières là aussi xénos, sans doute de facture jokaero et portant le sceau de la famille Haarlock
  • Une boussole locus
  • Une combinaison spatiale datant de la grande croisade
  • Une épée à deux mains de la taille d’un homme ⌫
  • Une clef d’argent épaisse et ternie portant une inscrition ici retranscrite : « Portas somno me ostendere »
  • Une dague ancienne ornementée présentée comme faite de la dent d’un kraken du vide
  • Un gantelet d’origine xéno doté de longues griffes et d’aiguilles ⌫
  • Un exemplaire unique du Lectio Divinatus précédé de la mention manuscrite « À celui qui rendit sa liberté au secteur Jéricho » Sebastian Thor
  • Un in-folio broché non relié enveloppé dans un peau de cuir d’origine xéno ⌫
  • Un multicompas ornementé
  • Une navis prima ornementée
  • Un pistolet laser archéotechnologique de très belle facture
  • Un portrait non identifié de format 50×50 portant la simple mention : « Le miroir de mon sang »
  • Une poupée sembant faite de bois et de chiffon contenue sous une cloche de verre ⌫
  • Un psautier relié avec en peau grise d’origine inconnnue
  • Une relique de St Eredon ⌫
  • Un sceau ancien possiblement porteur de traces de sang représentant un aquila impérial tenant une clef (daterait de l’époque Van Dyn/code de l’écclesiarchie…) ⌫
  • La Veuve Dorée : une statue dorée très réaliste et de proportions et de taille humaines, vêtue d’une robe cramoisie aux tons tirant sur le violet. Elle est assise sur un trône, la tête sur la poitrine. Supposé être un instrument oraculaire ⌫
  • Une statue d’onyx ailée et ornée d’une tête félidée d’environ 1 mètre de haut ⌫
  • Une tête xéno à la peau gris-verte et à la bouche rappelant celle de la lamproie ⌫

Un soir de plus à traîner dans les allées poussièreuses et grises de la cité-cimetière et à fortifier mon esprit contre les maléfices qu’elle recèle peut-être. Une bonne soirée de fête à l’ambiance encore dégradée depuis nous avons découvert un corps au crâne fendu et dont le cerveau semble avoir été purement et simplement volé en revenant du lieu d’exposition des trésors de la famille Haarlock. Cela porte à 7 disparus et 2 morts le total des étranges évènements survenus ces derniers jours au dire d’un Mayweather qui semble de plus en plus paniqué à mesure que passe les heures. Quelque chose de malsain semble décidément rôder par ici. Un meurtrier détraqué, une créature xéno, ou pire… ?

Encore une soirée à se tourner les pouces dans des chambres seulement fréquentées par une paire de serviteurs vieillissants et se lève un matin blâfard. Il est plus que temps de me placer sous la protection de l’Empereur, d’autant que je ne sais pas ce que Smyrr, qui cache de plus en plus mal son agacement d’avoir à servir Marr et l’Inquisition pendant cette mission, a l’intention de faire pendant la vente. D’autant que les autres acquérisseurs potentiels ne nous sont encore pas tous connus…
A Lannus Cisten, Octavia Neal et « l’abbé » Talmas de Shale, déjà croisés à bord du Cygnan Martyr, se sont joints d’étranges figures dont les allégeances et les objectifs me semblent pour le moins flottants. D’abord l’observation, le temps de la sanction de ces possibles hérétiques finira par venir…

  • Rubio de Losmandius, libre-marchand, archétype parfait du noble amateur de quincaillerie clinquante
  • Magyar Marshrek, libre-marchand lui aussi à l’allure cependant plus frustre que son confrère. Il est vêtu d’une armure couverte d’une peau de bête et arbore une barbe que certains barbares ne renieraient pas. L’homme me semble farouche mais pas déplaisant pour autant. L’exact opposé de Shale.
  • Celui qui nous est présenté sous le nom de maître Parangon reste bien plus insondable, seule une canne ouvragée semble trahir une aisance matérielle qu’une apparence classique ne dément, ni ne renforce.

Rejoignant le cortège des quelques invités arrivés sans encombre à la Maison de Poussière et de Cendres, tout le monde prend place dans la vaste salle accueillant la vente. Sous l’oeil curieux, morne, avide ou méprisant des autres enchérisseurs et de la horde des Pleureurs emmenés par Greel, le premier d’entre eux, commence une vente chaotique et âpre.

Certains des objets exposés exsudent une palpable aura de maléfice que je signale à notre équipée (et dans le rapport que je transmettrais à la Sainte et Révérée Inquisition ⌫) de façon à ce que Smyrr manœuvre pour les acquérir, les soustrayant ainsi aux visées des comploteurs et traîtres à l’Empereur, quels qu’ils soient. Des fortunes sont promises pour certains des objets présentés et au nom de la Révérée Inquisition, je guide donc la capitaine vers quelques choix me semblant judicieux.

Alors que l’étrange portrait attise ma curiosité (il me semble avoir changé depuis notre dernière visite : sous la croûte de vernis ancien, je crois désormais reconnaître les traits de l’un des assistants de Cisten), c’est la Veuve Dorée, sculpture extrêmement réaliste d’or et de joyaux à la semblance d’une femme qui focalise l’attention de tous, en véritable clou de la vente. Alors que les enchères sont sur le point de débuter, la forme – qui résonne d’une présence troublante à mes yeux – s’anime soudainement pour proférer une prophétie sybilline :

“Le soleil noir brûle et il arrive dans son sillage. Le dernier voyageur, l’annonciateur de toute les peines. Sur son passage les yeux se fermeront, les seigneurs charognards seront jetés à bas et les affamés seront tirés des tréfonds de l’espace. Tout cela je le vois se produire parmi ces étoiles glaciales. Le voyageur et l’héritier sont tous les deux en vie, l’un au dehors et l’autre au dedans. Sang de son sang, né de sa lignée, chair fragile prise dans cette toile, la mort sera son héritage. Haarlock revient et l’enfer marche sur ses pas. Sachez que le voyageur a programmé notre route et que le navire ne peut changer de cap. Treize heures sont votres, treize heures avant que son courroux ne vous submerge tous dans le feu et les cendres, enfermés ici dans la tombe qui vous a été destinée. Un chatiment approprié pour vous qui vouliez le déposséder de ce qui est à lui. Jamais vous n’avez apris les leçons du passé, condamnés à répéter les erreurs de l’histoires. Mais d’abord vous allez souffrir, d’abord vous allez être conféssés et absous ! Vous avez qu’une seule chance, une seule et unique chance d’apaiser le voyageur. Un présent qui éteindra sa juste fureur: donnez moi le sang du descendant des Haarlock, faites le couler dans ce calice et vous vivrez, mais si ma coupe reste vide les enfants du royaume dévoreront votre chair et vos os seront enfouis dans les ténèbres.”

A peine celle-ci achevée, la salle explose bientôt tandis que les monstres tapis à l’abri de la ville se manifestent enfin. Le monstre caché parmi nous se révèle alors : Parangon se métamorphose soudain au milieu de l’assistance en une créature horrible semblable à celle qui aurait pu tuer les habitants de la cité. Le monstre xéno surgit parmi l’assistance tandis que la salle semble prise d’une frénésie meurtrière. Alors que d’un côté du bâtiment le Premier Pleureur cherche à châtier (en les massacrant) ceux qui s’opposent à lui, l’horrible créature xéno sème la mort autour d’elle. Elle semble insensible aux effets des pouvoirs psychiques et comme aucun d’entre nous n’est armé, il nous faut improviser une défense contre les sectateurs et la chose. Talmas tombe après avoir tâché de résister et le monstre a tôt fait de lui gober la cervelle comme nous le ferions d’un œuf. Parmi l’assistance, c’est le choc, seul Marshrek qui semble habitué à se battre parvient à se frayer un chemin vers l’extérieur. Après avoir vainement tenté de protéger l’héritier supposé d’Haarlock de la vindicte de la bête, je le suis. Derrière, Gaspard, Audric et Jonah finissent aussi par se frayer un chemin hors du bâtiment tandis que Macharius, resté plus loin, fonce dans notre direction pour nous prêter assistance mais il nous faut nous regrouper et rejoindre un abri plus solide. Les putains de masques sont tombés et c’est coincés au milieu des monstres qu’il va nous falloir trouver un chemin vers la sortie en méditant la prophétie de la Veuve Dorée…

Me revient alors l’expression de Theobald Crux, un de mes instructeurs à la Scholastica Psykana : « là, on est dans la Merde, avec un grand M ». Par la grâce de Notre Puissant Empereur, puissé-je ne pas en sortir trop tâché…

Dancing with the devil

Rogue Trader "Vanquisher" bailleulgauthier M4sk